Tous les jours nous nous plaignons des perturbations SNCF qui compliquent nos trajets et font d’arriver à l’heure un véritable défi. Nous ne sommes même pas au terme du premier mois de grèves que nous sommes déjà à bout. Mais pourquoi de telles revendications, et ce depuis des années pour un simple statut, aussi avantageux soit-il ?
La réforme est en réalité bien plus complexe …

Atteinte au statut de cheminot

C’est la première raison qui est tout de suite donnée pour justifier la grève perlée menée par les employés de la SNCF.

Certes, ce statut apporte de nombreux bénéfices : la sécurité d’un emploi à vie, une rémunération qui augmente faiblement mais systématiquement avec les années ou encore une retraite à partir de 52 ans pour le personnel roulant, comme les conducteurs, et à partir de 57 ans pour les employés fixes.

Cependant, une mobilisation d’une telle ampleur peut-elle vraiment être attribuée à la seule suppression du statut de cheminot ? Ce dernier est un sujet de discussion depuis des années, nous pouvons donc comprendre comment cette revendication est devenue un symbole des perturbations SNCF.

Mais elle ne doit pas effacer tous les autres facteurs qui alimentent bien plus fortement les contestations que la fin du statut de cheminot. Surtout que cette suppression se fera progressivement. La Ministre des Transports, Elisabeth Borne, affirme que les actuels cheminots ne risquent pas de perdre leur statut. Seuls les nouveaux employés ne pourront pas en bénéficier. Cela sera donc progressif.

Voyons donc les raisons plus profondes des perturbations SNCF.

Atteinte au statut … de l’entreprise

Une deuxième raison aux perturbations SNCF est le statut mais de l’entreprise cette fois-ci.

Aujourd’hui, la SNCF est un établissement public à caractère industriel et commercial (Epic). Or, la réforme prévoit de la faire changer en en société anonyme (SA).

Bien qu’Elisabeth Borne se veut rassurante en répétant que le gouvernement souhaite que la Société Nationale des Chemins de fer Français reste un service publique, cette transition rappelle une autre histoire. Celle de France Télécom désormais connu sous le nom d’Orange. Effectivement, le passage d’Epic à SA a précisément été la première étape de la privatisation de la SNCF.

Mais quelles seraient les conséquences d’un tel changement de statut pour la compagnie de transport ?
Tout d’abord une augmentation importante de ses taux d’emprunts. En effet, le statut d’Epic permet à la SNCF d’emprunter à des taux très bas, similaires à ceux de l’État.Une augmentation de ces taux impliquent également une forte hausse des intérêts qui s’élèveraient à plus d’un 1,5 milliard d’euros par an rien que pour sa dette.

De plus, le statut d’Epic lui offre de bonnes notes auprès de l’agence de notation Fitch pour les crédits à court et long termes. En mutant en SA, les notes de la SNCF s’effondreraient et la confiance que les prêteurs pourront avoir en elle faiblirait.
Un changement de statut entraînerait donc des coûts supplémentaires colossaux pour la SNCF en termes d’investissements.

L’ouverture à la concurrence

Perturbation SNCF : les vraies raisons du mécontentement des cheminots trains SNCF libéralisation du marché du rail ouverture à la concurrence de 2019 à 2033

Prévue de s’étaler de 2019 à 2033, la libéralisation du marché du rail est très liée à la volonté de privatiser la SNCF, c’est pourquoi les syndicats tirent la sonnette d’alarme. En effet, le statut public de la SNCF lui permet aujourd’hui d’investir à des taux imbattables dont ne bénéficient pas les compagnies de transport concurrentes, ce que dénonce la Commission européenne. La SNCF semble être une exception qui lui donne un sacré avantage.

Ainsi, la privatisation et l’ouverture du marché permettrait de relancer la compétitivité du marché et proposer une offre plus attractive pour les voyageurs. Cela nous renvoie cependant au cas de l’Angleterre dont la privatisation de la British Rail en 1999 fait aujourd’hui encore débat au sein de l’opinion publique.

La libéralisation du marché est déjà programmée mais en supposant que la SNCF reste un acteur publique malgré son changement de statut comme l’affirme le gouvernement, les syndicats craignent que cela dégrade néanmoins la qualité du service public.

Enfin, les cheminots qui seront potentiellement transférés chez les opérateurs concurrents craignent de ce fait de perdre leur statut (nous y revenons tout de même). Mais encore une fois, la Ministre du Transport affirme que le statut des cheminots actuels n’est pas menacé.

Des enjeux de crédibilité

Finalement, comme Contrepoints le titrait au début du mois d’avril : les perturbations SNCF sont avant tout politiques. Bien que certains médias assurent que c’est l’opinion publique aura le dernier mot, il faut être conscient que les enjeux vont bien au-delà d’elle. L’ adoption de la réforme SNCF menace les syndicats d’une part, et le président de la république d’autre part.

Les perturbations SNCF pour les syndicats

Ici c’est la CGT qui est particulièrement concernée. En effet, elle n’est plus le syndicat le plus important en termes d’effectifs de militants, détrônée par la CFDT en 2017.

Avec l’approche des élections syndicales, la mobilisation de la CGT est donc capitale pendant ces 3 mois de grèves. Son engagement a pour but de montrer qu’elle est toujours éminente et un partenaire de négociation efficace malgré ses derniers échecs en date, à savoir les mouvements contre la Loi El Khomri et aux ordonnances Macron.

Guy Groux, directeur de recherche à Sciences Po relève un paradoxe dans les luttes de la CGT d’hier et d’aujourd’hui. Alors que dans les années 90 elle était le leader des manifestants, maintenant elle proteste pour prouver qu’elle est toujours en lisse.

La réputation d’Emmanuel Macron (et son gouvernement)

Perturbations SNCF : les vraies raisons du mécontentement des cheminots Emmanuel Macron président de la république stratégie pour faire passer la réforme de la SNCF

Le Président de la République a également beaucoup à perdre. Se plaçant comme grand réformateur pour son quinquennat, céder maintenant aux pressions des perturbations SNCF remettrait en cause toute sa crédibilité et sa place dans les sondages. Car les cheminots semblent déterminer à continuer à manifester et même à prolonger les perturbations SNCF jusqu’à la fin de l’été en dépit du passage de la réforme.

Il semble donc que peu importe la durée des perturbations SNCF et le soutien (ou non) des français aux cheminots, Macron ne peut plus revenir en arrière. Les conséquences en seraient désastreuses pour lui. C’est sans doute cela, le véritable fond du problème.

Vous souhaitez prendre vos précautions pour les jours de grèves à venir ? Consultez le calendrier des grèves SNCF et découvrez des solutions alternatives au train pour éviter les perturbations SNCF !

Catégories : Revue de presse

2 commentaires

Ouibus et BlaBlaCar : un duo de substitution aux trains SNCF · avril 28, 2018 à 9:18

[…] en comprenant les raisons qui causent les perturbations SNCF, il vrai que le rythme de 2 jours de grèves tous les 5 jours commence à nous peser. Nous […]

Cheminots grévistes : comment la grève impacte leur salaire ? · mai 23, 2018 à 7:21

[…] Vous souhaitez mieux comprendre les motivations des cheminots à mener une grève aussi conséquente ? Lisez cet articles sur les véritables raisons de la grève SNCF. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *