Le 24 avril dernier les syndicats cheminots évoquaient la possibilité d’un prolongement de la grève perlée jusqu’à la fin de l’été. Alors que cette nouvelle commençait à paniquer les voyageurs, la SNCF a rapidement casser le mouvement par un calcul des jours de grèves à la limite du légal.

Des jours de repos décomptabilisés comme des jours de grèves

Dès la fin du mois d’avril la SNCF a annoncé la couleur. Selon elle, les différents prévis déposés pour les 2 jours de grèves tous les 5 jours ne sont qu’un seul et unique mouvement social. Or, cela a pour conséquence des retenues sur salaire plus importantes pour les cheminots grévistes.

En effet, s’il est habituel que les jours de mobilisation soient décomptés de la fiche de paie, il l’est moins des jours de repos. Dans ce cas où les multiples préavis sont considérés comme un seul, les jours de repos accolés à un jour de grèves peuvent aussi être retenus sur le salaire. Une méthode de calcul qui crée la panique dans les rangs des cheminots mobilisés et insurge les représentants syndicaux.

Par exemple, une cheminote confiait à Europe 1 avoir participé à 5 jours de grèves sur 6 au mois d’avril, ce qui représente une amputation de 290€ net sur son salaire. Un manque à gagner qui ne va que s’accroître avec la décomptabilisation de ses jours de repos.
Ce calcul s’annonce d’autant plus pénalisant pour la paie du mois de mai, la comptabilité de la SNCF s’étant arrêtée le 18 avril. Les 6 jours de grèves du mois d’avril vont donc être retirés sur la fiche de mai, en plus des 6 jours de grèves du mois de mai lui-même.

Les délégués de la CFDT, l’Unsa, Rail Sud et de la CGT dénonce de leur côté cette comptabilisation qui selon eux font barrière au droit de grève. Accusations auxquelles la Société Nationale des Chemins de fer Français a inlassablement répondu par la même phrase : « Mettez-nous en justice. ».

Une affaire qui ne peut être réglée qu’au tribunal

Aussitôt dit, aussitôt fait. Face a cette injonction à répétition de la SNCF, la CFDT et l’Unsa, rejoints par la CGT, ont décidé d’employer les grands moyens pour défendre leur droit. L’avocate de l’Unsa ferroviaire affirme notamment que la SNCF n’est pas en mesure d’arbitrer si la grève en pointillé correspond à un ou plusieurs mouvements sociaux.

La justice a donc été saisie selon l’entrave à ce droit de grève qui devrait selon les syndicats pousser le magistrat en charge du dossier à fixer une date d’audience très prochainement.

De son côté, la SNCF défend sa position en rappelant que c’est cette même méthode de calcul qui a été utilisée lors des grèves de 2016.
En outre, la non comptabilisation des jours de repos accolés aux jours de grèves semble tout à fait justifié aux dires de Guillaume Pepy, patron de la SNCF : « Les jours de repos à la SNCF sont payés lorsque les jours travaillés ont existé. Lorsqu’il n’y a pas de jours travaillés, les jours de repos n’ont pas à être payés, ce n’est que du bon sens. ».

Cheminots grévistes : comment la grève impacte leur salaire CFDT plus grand syndicat français en termes d'effectif depuis 2017

Une indemnisation de la part des syndicats

Cette forte atteinte aux revenus des cheminots est vue comme la volonté de démobiliser les grévistes et mettre fin au mouvement.

Cependant, les syndicats sont loin de se laisser déstabiliser. Au contraire, ils ont des fonds pour assurer les retenues sur salaires.

Lors de mouvements à l’échelle nationale comme celui-ci, la CGT redistribue aux cheminots mobilisés les fonds d’une caisse de solidarité alimenté par des dons de particuliers. Sud Rail fonctionne un peu sur le même principe avec une cagnotte ouverte sur la plateforme Pot Commun.

Mais la meilleure caisse d’indemnisation est bien celle de la CFDT dont Thierry Cadart, son trésorier, n’est pas peu fier.
En effet, la caisse nationale d’action syndicale (CNAS) contient plus de 125 millions d’euros. De quoi ne pas décourager les cheminots à défendre leurs convictions.

Cet énorme réserve est utilisée pour indemniser les cheminots grévistes à hauteur de 7,30€ par heure de grèves, soit 0,50€ de moins que la rémunération horaire du SMIC. Cela constitue une aide non négligeable pour les plus mobilisés dont le salaire risque d’être largement amputé.

Un certain nombre de critères sont néanmoins requis pour obtenir ces compensations salariales. Tout d’abord, le premier jour de grève n’est pas payé et l’indemnité est perçue après un jour de carence. De plus, les cheminots doivent être syndiqués depuis au moins 6 mois.
Notons cependant que les cheminots plus fraîchement syndiqués touchent tout de même 50% de cette somme.

Un « privilège » qui permet aux grévistes de rester dans la course malgré les tentatives de la direction pour briser le mouvements. Car rappelons-le, la CFDT est depuis 2017 le plus grand syndicat de France en termes d’effectif, devant la CGT.

Vous souhaitez mieux comprendre les motivations des cheminots à mener une grève aussi conséquente ? Lisez cet articles sur les véritables raisons de la grève SNCF.

Catégories : Revue de presse

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